Publié le 20 Mars 2016

Vous êtes dégoûtés

Le dégoût vous dégobille de partout, jour après jour, sur vos mains, sur vos pompes, il vous dévore le visage, vous prend à la gorge avec son goût amer, son goût de fiel à la commissure des lèvres.

Et du dégoût au renoncement, il n’y a qu’un pas.

Vous dites :

Je ne sais pas

Je ne sais plus

Les mots vous semblent

Dérisoires

Les murs vous semblent

Infranchissables

Vos indignations

Semblent se perdre

Dans la nuit

Impuissants

Et pourtant…

J’étais hier à l’assemblée générale de l’association Amitiés kurdes de Bretagne et j’ai revu des amis Kurdes, j’ai revu des amis Bretons qui revenaient de là-bas.

Là-bas, au Kurdistan de Turquie, fascisme, massacres, tortures, la litanie. Et pourtant… les sourires, la banane. Oui, la banane !

Alors me sont revenues en mémoire les journées passées là-bas, les gens croisés, les paroles échangées. Il y a sans doute la même proportion de cons partout, mais on apprend au contact de chaque culture, de chaque façon d’être au monde. Ces Kurdes ne transmettent pas la haine à leurs enfants, ni le ressentiment, mais au contraire l’amour et le respect des autres, et notamment du peuple turc. Quand leur maison brûle, si certains jeunes prennent le maquis, des vieux reconstruisent. Avec la banane ! Bras d’honneur à l’hélicoptère qui tourne au dessus de leur tête, pour dire que leur humanité est indestructible. Que leur vitalité insultera toujours la barbarie des oppresseurs. Et que demain vaudra mieux qu’aujourd’hui. C’est ça, le message qu’ils envoient à leur enfants. Et c’est celui que j’ai reconnu, hier, dans les yeux de tous.

Alors, assez de dégoût ! Assez de bavardages ! Il faut reconstruire la maison. Il faut aider les Kurdes comme il faut aussi aider les exilés de tous les pays, fuyant la guerre ou la misère, à trouver un toit. Les décisions iniques des tarés qui nous gouvernent ne doivent pas nous laisser dans un état de sidération. Les bras m’en tombent ! C’est rien, mec, t’as qu’à les ramasser !

Partout, des citoyens et des non-citoyens, des associations ouvrent les bras, lèvent le coude et donnent un coup de main : une virée en bagnole, une paire de pompes, une partie de foot ou d’échecs, un cours de français, un bœuf musical, un bifton, un steak-frites, une paperasse à remplir, une planque pour un mois, un brin d’humanité… Avec la banane en dessert, ils chassent le dégoût. Ils apprennent à s’organiser, à expérimenter d’autres façons d’agir et de décider. Si un jour c’est leur propre maison qui brûle, ils seront prêts : ils sauront la reconstruire. Avec la banane !

Gérard Alle

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Rédigé par Gérard Alle

Publié le 6 Mars 2016

Aujourd’hui

Il n’y a plus de gardiens de phares

Il n’y a plus de marins-pêcheurs

Il n’y a plus de caboteurs

Il n’y a plus de sardines

Il n’y a plus d’usines

Il n’y a plus d’ouvriers

Il n’y a plus de bistrots

Il n’y a plus de tenancières

Il n’y a plus de talus

Il n’y a plus de campagne

Il n’y a plus de paysans

Il n’y a plus petits commerces

Il n’y a plus de petits commerçants

Il n’y a plus d’artisans

Il n’y a plus de bâtiment

Il n’y a plus de transports

Il n’y a plus de transporteurs

Il n’y a plus de bureaux de poste

Il n’y a plus de facteurs

Il n’y a plus de médecine

Il n’y a plus de médecins

Heureusement

Il y a Areva

Il y a Intermarché

Il y a Amazon

Il y a Leclerc

Il y a la FNSEA

Il y a Bouygues

Il y a Vinci

Il y a Veolia

Il y a Facebook

Il y a Google

Il n’y a plus de travail

Il n’y a plus de travailleurs

Il n’y a plus de chômage

Il n’y a plus de chômeurs

Heureusement

Il y a les esclaves

Il y a les robots

Il y a les actionnaires

Il y a les paradis fiscaux

Demain

Il y aura une grande tempête

Il y aura un grand coup de vent

Il y aura un changement de temps

Dans le désert

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Rédigé par Gérard Alle

Publié le 16 Février 2016

Sur Dilhad Sul, Maurice Bihan, qui ne fait jamais dans le dentelle, conchie dans Chiottes à la turque, Erdogan, nos médias et la lâcheté de nos décideurs.

Chiottes à la turque

Erdogan a vendu des armes à Daesh.

C’était pas assez.

Erdogan a fait passer par milliers en Syrie les djihadistes venus d’occident.

C’était pas assez.

Ses services secrets ont assassiné trois femmes en plein Paris.

C’était pas assez.

Dans des villes de l’est de la Turquie, les snipers d’Erdogan ont pris position sur les toits pour tirer sur tout ce qui bouge.

C’était pas assez.

Il a mis en prison les défenseurs des droits de l’homme et les élus politiques du parti pro-kurde.

C’était pas assez.

Alors, il a mis Diyarbakir, au Kurdistan de Turquie, en état de siège.

C’est pas assez.

Les gens sont forcés à quitter leurs maisons, entassant quelques maigres effets sur des charrettes, avant de prendre le chemin de l’exil.

C’est pas assez.

Des quartiers entiers sont bouclés, dans lesquels l’armée turque peut torturer, assassiner impunément.

C’est pas assez.

Elle gaze soixante Kurdes dans une cave.

C’est pas assez.

Quelques jours plus tard, vingt-cinq sont brûlés vifs.

C’est pas assez.

Le lendemain, vingt autres personnes, des femmes, des enfants, sont assassinées.

C’est pas assez.

Hier, l’armée turque a commencé à bombarder les Kurdes qui ont libéré Kobanê.

C’est pas assez.

Erdogan utilise les migrants comme une arme, face à la lâcheté de l’Europe. Si vous m’empêchez de massacrer qui je veux quand je veux, je vous en envoie cent mille, demain.

C’est pas assez.

On lui verse trois milliards d’euros.

C’est pas assez.

Erdogan annonce que la Turquie et l’Arabie Saoudite vont lancer une opération terrestre en Syrie, contre les « terroristes » kurdes.

Ce ne sera pas assez.

Journalistes, rédactions, presse écrite, télévisions, agences de presse, société civile, je ne vous entend pas. Vous criez si fort, parfois, pour presque rien. Combien de petits Aylan vous faut-il encore pour faire le buzz ?

Décideurs politiques, bande de lâches ! obsédés par votre seule réélection, qui laissez mourir ceux qui fuient ces guerres, qui laissez s’entasser les migrants dans le dépotoir de Calais, avant de le raser, bientôt, démagogues ! Honte à vous ! Honte à vous qui servez la soupe à Erdogan ! Honte à toi, police française, qui forme les flics turcs à la répression des masses ! Honte à vous, ministres marchands d’armes, pitoyables serviteurs de la mort !

L’Histoire se souviendra de vous comme étant ceux qui ont collaboré à ces ignominies, et les écoliers de demain, libérés de votre propagande, ne pourront que faire le rapprochement avec ceux qui, au XXème siècle, ont collaboré à d’autres ignominies.

Et si le but de vos tristes manœuvres est votre réélection, que pas une voix ne vienne demain vous conforter dans votre état d’urgence, dans votre déchéance de la nationalité et dans vos lamentables compromissions.

On va vous laisser crever dans votre merde avec votre frère jumeau FN. Vous ne gouvernez déjà plus que le no man’s land de vos propres illusions.

Maurice Bihan

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Rédigé par Gérard Alle

Publié le 19 Novembre 2015

Vos guerres

Nos morts

Hollande, le marchand d'armes, emploie le même langage guerrier que Bush, qui nous a conduit après sa pitoyable campagne irakienne, comme Sarkozy après sa pitoyable campagne lybienne, un peu plus vite vers le précipice. Je crache, alors, avant qu'on ne nous annonce l'interdiction de dire ce qu'on pense, au nom de la guerre contre le Mal. Et j'en profite : au fait, Hollande, pour faire la guerre à des ombres, ou même à ton ombre, elle sert à quoi ta bombe atomique ? Un journaliste allemand affirme même que Daesh projette de nous en envoyer une sur la gueule. Y a des boomerangs qui font mal.

Les poses martiales avec drapeau et Marseillaise, que les médias nous diffusent en boucle, atteignent leur but : nous noyer sous l’émotion, nous faire perdre tout esprit critique et nous enfermer dans une soi-disant unité nationale. Or, ce qui s'est passé n'est pas un crime contre la France, mais un crime contre l'humanité. Ne tombons pas dans le piège de l'indignation sélective et de la mort "identitaire". Les morts du Bataclan, ceux de Syrie et d’Irak, ceux de Beyrouth, ceux d’Ankara ou de Bamako et ceux qui se noient en Méditerranée sont tous les victimes directes ou indirectes d'un conflit qui est international et dans lequel la France a sa part de responsabilité.

Les postures guerrières et nationalistes ne doivent pas nous détourner de l'objectif : une société multiculturelle et ouverte donnant leur chance à tous. Ceux qui sont morts, par la diversité de leurs origines, symbolisent cette joie du mélange et de la fête. Dire qu’ils sont à l’image de notre société n’est pas exact. Beaucoup d’autres personnes savent pertinemment qu’elles ne seront jamais conviées à la fête. Il reste beaucoup à faire. Pour triompher du ressentiment et de l'obscurantisme, l'unité ne doit pas être nationale, encore moins nationaliste, mais internationale et populaire, face aux brigades de la mort, aux atteintes à la liberté d'être, de penser, mais aussi à la liberté de circuler, que l’on fuie la guerre ou que l’on fuie la misère en espérant accéder à un monde plus juste.

Et qu’on ne vienne pas nous dire que construire une société plus juste, c’est long et utopique, qu’il faut éradiquer le mal auparavant. Le juge Trévidic, qui sait de quoi il parle, affirme que pour lutter efficacement contre le terrorisme, il faudrait certes une réforme des services de renseignement, mais surtout s’attaquer tout de suite à ses causes, ce qui prendrait dix ou quinze ans. En dix ans, si on en a la volonté politique, on peut changer bien des choses dans le fonctionnement d’une société et commencer en premier lieu par éradiquer la fabrique d’exclusion qui est à l’œuvre ici même. On peut aussi commencer à réduire la fracture Nord-Sud. Si on ne le fait pas, demain, une foule choisira la voie de la violence et nous serons submergés. Partager pour vivre ensemble. Et renoncer à certains commerces, qui se retourneront un jour ou l’autre contre nous : ventes d’armes, construction de centrales nucléaires, exploitation à bas prix des matières premières dans les pays pauvres.

Hélas ! On choisit plutôt de réprimer et d’asservir pour conserver notre mode de vie, comme Bush déclarait la guerre pour maintenir son american way of life tant chéri.

On augmente les effectifs des forces de l’ordre, ce qui ne dérangera pas beaucoup des kamikazes qui, à sept ou huit, plus ou moins bien organisés, parviennent à terroriser tout un pays. Hollande vient aussi d'annoncer que tous les réfugiés n'ayant pas obtenu le droit d'asile seraient expulsés. On pourrait les gazer tout de suite, tant qu'à faire, ça éviterait d’avoir à repêcher des noyés !

L’enfermement sur soi, l’amalgame, les victimes innocentes des bombardements et des drones, les ventes d’armes, l’arsenal nucléaire et le néocolonialisme ne font qu’alimenter la fabrique du terrorisme de demain.

Alors, que faire ? Plonger la tête dans les cadeaux de Noël - comme une autruche - pour oublier les loups barbus qui rôdent ? Mais qui a fabriqué ces jouets ? Combien les avons-nous payés ? Cette incapacité à inventer un monde qui repose sur autre chose que l’exploitation des travailleurs des pays pauvres, la croissance et la consommation frénétique, engendre aussi la violence. Tout est lié. Il n’y a pas d’échappatoire. Et le capitalisme tue plus que les barbus. Sauf que pour nous, ces morts-là n’ont pas de noms. Merci papa Noël !

Pourtant ce sont aussi nos frères. Nos frères inconnus.

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Rédigé par Gérard Alle

Publié le 4 Juillet 2015

J’étouffe ! Non pas que je sois victime moi-même d’une oppression insupportable, ou enfermé dans un cul de basse fosse. J’étouffe sous la camisole des pensées obscures. Je ne regarde pas la télé, je lis des journaux modérés, je ne suis pas paranoïaque, je peux circuler comme je veux (lorsque j’en ai les moyens), je ne suis ni noir, ni arabe. Pourtant, j’étouffe. Même quand je ferme toutes les écoutilles, des cris traversent les murs, remontent des abysses. Les cris de ceux qui étouffent. Les cris de ceux qui fuient. Les cris de ceux qui se noient. Et j’ai beau me boucher les oreilles, j’entends aussi les paroles qui tentent de couvrir les cris, les paroles qui tuent. Comme celles du monstre Cameron, l’odieux rosbif saignant qui ne veut même pas entendre parler d’accueillir quelques centaines de rescapés dans son île et met dans la balance une sortie possible de son pays de l’Europe. Et alors ? Ciao mec ! Bye bye ! Casse-toi connard ! Tu peux garder ton tea time, ta City, tes beans juste pour toi, et brailler God fuck the queen avec tes potes. Bon débarras !

En France, l’étouffoir est à l’œuvre, aussi crûment. On n’y parle que de la montée du FN, en inversant le symptôme et la cause. Car ce n’est pas le thermomètre qui provoque la fièvre. Si le FN monte, c’est parce que beaucoup de Français se retrouvent dans ses idées. Il en a rien à péter, le Françaoui, des noyés en Méditerranée, du colonialisme et du néocolonialisme, de l’esclavage et du pillage des matières premières. Sans parler de la liberté d’expression. Laissez-moi rire ! Même la laïcité est devenue synonyme d’oppression des minorités, alors qu’elle devrait permettre de les défendre. Et quand Emmanuel Todd dénonce la vague nationaliste et xénophobe qui transpire derrière Je suis Charlie, c’est toute l’élite intellectuelle et politique qui lui tombe dessus, le traitant de traitre et de blasphémateur de la République. Quand Valaud-Belkacem annonce sa réforme du collège, c’est la clique des défenseurs de la prétendue « identité nationale » qui se met en branle. Les Lang, Gallo, Finkielkraut, peu leur importe que la réforme soit bonne ou mauvaise, et qu’elle ait été décidée pour faire face à un échec scolaire massif. Ce n’est pas de cela qu’on discute, mais des dangers qui pèsent sur les langues mortes, donc sur les racines gréco-latines de la France ! Que la langue française soit apparentée en grande partie au grec et au latin, on ne peut le nier, mais qu’une fois de plus l’élite intellectuelle du pays confonde l’identité de la langue et celle du pays, la langue et la nation, montre bien que le mal est partout, le mal identitaire, le mal nationaliste, le mal unificateur, le mal ethnocentriste, le mal jacobin, le mal blanc. Il n’a pas attendu la montée du Front National pour exister. Il est constitutif de la République et de ses « valeurs ». Et c’est bien ce mal qui m’étouffe. Comme c’est ce mal qui noie les migrants à nos portes. Le mal national. Les Belkacem, famille modeste du Rif, ne sont ni Grecs, ni Latins. Pour la plupart des Français, la ministre qui en descend n’est pas tout à fait française. On n’en sort pas.

Pourquoi les dirigeants européens refusent-ils l’accès aux fuyards ? En dépit de tout. Et même en dépit de l’avis de leurs amis chefs d’entreprise, plutôt contents de voir arriver une main d’œuvre jeune et motivée, dans leurs pays vieillissants. En dépit des solutions possibles, que tout le monde connaît : visas temporaires renouvelables, achats de visas aux Etats pour assécher le trafic des passeurs, et même ouverture totale et régularisation, qui ne provoqueraient pas, d’après les études, d’immigration massive, mais rapporteraient économiquement, au lieu d’une surveillance et d’une rétention fort coûteuses. Mais non, il n’en est pas question, même au nom d’un juste droit à la réparation, même au nom du droit à la vie. Car il semble plus important de protéger de prétendues « identités nationales ». C’est donc bien une affaire de racisme et de xénophobie. Pas seulement de démagogie. Une conviction profondément ancrée qui appartient à l’élite tout autant qu’au peuple. Pour l’éradiquer, il n’y a pas d’autre solution que de porter le fer sur la plaie. Ouvrir les frontières. Appeler à l’invasion. Une invasion positive parce que voulue. Invasion des hommes et des langages, accueillis à bras ouverts, en libérateurs. Une invasion qui ouvre la langue à toutes les influences. Mais franchement, faire avaler leurs sabres aux académiciens est un dégât collatéral qui ne fera pleurer personne.

Aux armes frères et sœurs de toutes les couleurs ! La mise à sac de l’Ena sera notre nouvelle prise de la Bastille ! Nous ferons un incendie de drapeaux et l’hymne national disparaitra sous le vacarme de nos poèmes barbares.

Gérard Alle

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Rédigé par Gérard Alle